Le Quinzième Jour
Au sommaire : les inondations, cinq ans plus tard, les défis de la douane, l’objectivité dans le journalisme, Alice Crary et l’éthique animale, le parcours de Gaëtan Kerschen, l’institut des épidémies, le rôle-clé des insectes...
Une étude scientifique à laquelle participent des chercheurs de l'ULiège démontre l'efficacité de la détection de la COVID par des chiens entraînés. Une efficacité de près de 95% sur des échantillons de sueur de personnes positives et négatives au virus.
L
ors de la première épidémie de COVID-19 en Europe début 2020, une étude dirigée par le Prof. Dominique Grandjean (ENVA & Nosaïs) a été menée sur un certain nombre de chiens afin d’évaluer leur capacité de détection de personnes atteintes par la COVID. À cette fin, des échantillons de sueur ont été prélevés grâce à des compresses appliquées pendant quelques minutes au niveau des aisselles.
Puisqu'aucun virus n'est excrété dans la sueur, cette méthode a été considérée comme sûre pour les chiens et ceux qui manipulent les échantillons. Les résultats ont été publiés en décembre 2020 (PLoS One). Entretemps, d’autres équipes de recherche se sont également déployées dans divers pays. En moyenne, les résultats ont été observés avec une précision de 90%, une sensibilité allant jusqu’à 100% et un taux de réussite de 83 à 100%. En Finlande, aux Émirats Arabes Unis, au Chili et au Liban, les chiens sont déjà utilisés de manière opérationnelle à la frontière ou dans les aéroports. Des échantillons de sueur des voyageurs sont alors présentés aux chiens. Dans le projet actuel, il a été étudié si les chiens de détection en Belgique pouvaient être recyclés afin de pouvoir faire la distinction entre des patients COVID-19 positifs et négatifs.
Par la suite, tous les organismes publics travaillant avec les chiens (Défense, Pompiers, Police fédérale, Protection civile) se sont réunis pour la première fois en mai 2020 à l'initiative du comité de pilotage, où il a été décidé d'unir toutes les forces pour valider ces tests. Un protocole a été rédigé comprenant un budget dans lequel il a été décidé de permettre à toutes les formations de se dérouler au Centre de Formation et d’Accréditation de la Police Fédérale à Neerhespen. Il a également été décidé de travailler en 2 phases :
L'approbation du gouvernement fédéral pour démarrer ce projet a été obtenue à la mi-novembre 2020, par lequel un projet d'Arrêté Royal (A.R.) a été rédigé par le ministère de la Santé pour l'allocation du budget requis. Cet A.R. a été publié à la fin du mois de janvier. Par ailleurs, l’approbation des commissions d’éthique animale et humaine a été obtenue avant de commencer l’étude. Des échantillons de sueur provenant de patients positifs (et négatifs) au COVID-19 ont été récoltés grâce à la collaboration d’une vingtaine hôpitaux en Wallonie et en Flandre, dont UZGent, CHU Saint Pierre Bruxelles, CHU Liège, CHU-Liège Bruyères, AZ Glorieux Ronse, hôpital OLV Alost, hôpital Jan Yperman Ypres, hôpital Jan Palfijn Gand, hôpital AZ Maria Middelares Gand, AZ Sint- Hôpital Vincentius Deinze, hôpital Saint-Pierre Ottignies, AZ Oudenaarde, ZNA Stuivenberg Anvers, GZAAntwerpen, AZ Jan Portaels Vilvoorde. Le comité de pilotage souhaite d’ailleurs remercier chaleureusement les médecins et le personnel infirmier de ces hôpitaux. Des échantillons ont également été prélevés dans divers centres de soins résidentiels, notamment Curando Ruiselede, Armonea Wilrijk et Armonea Asse.
Cela a permis d'obtenir des échantillons de plusieurs centaines de patients. Le comité remercie enfin toutes les personnes qui ont pu aider directement ou indirectement ce projet. Des échantillons de sueur ont aussi été prélevés sur 550 volontaires via le club de service KIWANIS, chacun confirmé par un résultat PCR. La plupart étaient négatifs bien qu’une dizaine d'échantillons positifs aient été également trouvés (vraisemblablement des porteurs asymptomatiques). Tous les échantillons de sueur étaient accompagnés d'un questionnaire médical et ils ont été stockés et transportés dans un congélateur, à -20°C. Le comité de pilotage remercie aussi les organisateurs et les bénévoles pour ces journées de prélèvements.
Tous les chiens de la première phase de ce projet avaient déjà une formation préalable de chien pisteur, mais sur d'autres odeurs (explosifs, odeur humaine pour la recherche et le sauvetage). À la midécembre 2020, 11 équipes de chiens (chien avec maître) de la police fédérale, de la défense, des pompiers et de la protection civile ont commencé à entraîner des chiens à détecter le Sars-Cov-2 sur des échantillons de sueur humaine. Celles-ci ont été limitées à 6 chiens dans une étape ultérieure, en raison du manque d'échantillons positifs et pour pouvoir entraîner les chiens de manière plus intensive. Les chiens sont âgés de 1 à 7 ans, dont 1 Springer, 1 Border Collie et 4 Berger Malinois.
Les résultats de ces 6 chiens sont très bons et prometteurs, et sont en accord avec ce qui a déjà été obtenu dans d’autres pays. Le diagnostic de COVID-19 en utilisant des chiens détecteurs de COVID-19 en Belgique présente un grande sensibilité et spécificité :
Le groupe de pilotage recommande donc de travailler simultanément avec deux chiens dressés: dans l’unique condition où les deux chiens donnent une indication positive, alors un résultat positif est noté. Cela réduit la marge d'erreur et augmente la sensibilité du test. Il est également recommandé de confirmer par PCR (ou autre test rapide) tout résultat positif indiqué par les chiens. Dans les tests PCR classiques, il existe une marge d'erreur de sensibilité de 2% à 33%, principalement parce que les particules virales sont très instables et sont détruites immédiatement si elles ne sont pas stockées à -80 ° C. Au début de l'infection, il n'y a pas non plus assez de particules virales disponibles pour donner un signal positif. Le changement d'odeur dans le système immunitaire peut être beaucoup plus rapide, de sorte que les chiens donnent un résultat positif plus rapidement par rapport au test PCR classique (comme le montrent les données de l'étude Finlandaise).
En général, les chiens détecteurs COVID obtiennent de très bons résultats, avec une précision moyenne de 95% (combinaison de spécificité et de sensibilité). Cependant, le test PCR reste la référence (« goldstandard »). Les chiens détecteurs COVID constituent toutefois une aide très précieuse.
L'utilisation des chiens détecteurs COVID offre également de nombreux avantages pratiques:
Pour le moment, le groupe de pilotage est également occupé à analyser les composants organiques volatils (COV) dans les échantillons de sueur positifs au COVID-19. Cela n'est possible que dans des laboratoires spécialisés avec lesquels le comité de pilotage est en contact et pour lesquels une partie du budget disponible est réservée.
Une enquête est également menée auprès de la population belge afin d’évaluer l'acceptation générale des chiens détecteurs COVID, via des questions telles que :
Les premiers résultats montrent par exemple que 10% de la population a peur des chiens. C'est pourquoi nous recommandons que le test du chien soit installé derrière un mur hors de la vue des personnes testées, afin que les gens ne soient pas inutilement effrayés par les chiens.
Tous les résultats des chiens détecteurs COVID belges sont maintenant consignés dans une publication scientifique et seront envoyés à une revue scientifique internationale de qualité. Le comité de pilotage est actuellement en consultation avec les autorités et toutes les parties prenantes à propos de la manière d’utiliser ces chiens dans le cadre de la lutte contre la pandémie.
Au sommaire : les inondations, cinq ans plus tard, les défis de la douane, l’objectivité dans le journalisme, Alice Crary et l’éthique animale, le parcours de Gaëtan Kerschen, l’institut des épidémies, le rôle-clé des insectes...
27 activités, 1100 participant·es et une immersion dans les cantines de 2030. Retour sur cette édition du Festival Nourrir les Campus riche en découvertes, échanges et engagements.